Assurance emprunteur fumeur : surprime, déclaration et requalification

Océane Ubaghs
Rédactrice spécialisée en assurances
Mis à jour le
06.08.2026
10 minutes

Le test de cotinine ne regarde qu'une semaine en arrière : ce n'est pas lui qui protège l'assureur, mais la nullité du contrat. Surprime, produits assimilés, obligation de déclaration et procédure de requalification non-fumeur on vous explique !

Suis-je considéré comme fumeur ?

Si vous avez consommé du tabac ou de la nicotine récemment, oui, y compris une seule fois. La fréquence n'entre jamais dans la définition : un cigare par mois ou une chicha en vacances suffisent à vous classer fumeur.

Il n'existe aucune définition légale du fumeur en assurance : chaque assureur fixe son critère dans ses conditions générales, en retenant généralement une abstinence de 12 ou 24 mois. La liste des produits assimilés est en revanche assez homogène :

  • Cigarettes, cigares, pipe
  • Chicha et narguilé
  • Tabac chauffé, dont les dispositifs de type IQOS
  • Tabac à chiquer et snus
  • Cigarette électronique avec nicotine
  • Patchs et gommes nicotiniques, y compris dans le cadre d'un sevrage
  • Cannabis, assimilé pour le risque respiratoire qu'il présente

Le cas des substituts nicotiniques surprend, alors qu'il est logique : un patch délivre de la nicotine, et un dosage le détecte comme tel. Être en cours de sevrage ne vous classe pas encore non-fumeur.

Le vapotage sans nicotine est le seul vrai point d'incertitude. Certains assureurs classent non-fumeur, d'autres maintiennent la classification fumeur faute de recul sur les effets à long terme. C'est une question à poser explicitement avant de signer, et à faire confirmer par écrit.

Combien coûte la surprime fumeur ?

La s'applique à votre cotisation d'assurance, pas au montant du prêt ni à son taux d'intérêt. C'est la première chose à comprendre, parce qu'une majoration de 50 % sur une cotisation de 30 € par mois n'a rien à voir avec 50 % du crédit.

Pourquoi cette majoration ? Selon Santé publique France, le tabac reste responsable de plus de 68 000 décès prématurés en 2023, soit 11 % de la mortalité totale, ce qui en fait la première cause de mortalité évitable en France. Un assureur qui s'engage sur vingt ans intègre cette donnée.

Aucune grille commune n'existe, et les écarts entre deux compagnies sur un même dossier sont considérables. Sur les dossiers que nous instruisons chez Qivio, la majoration se situe le plus souvent entre 25 % et 50 %, et peut dépasser 100 % en cas de cumul avec un surpoids, une pathologie ou une profession exposée.

MajorationCotisation mensuelleCoût total sur 20 ansSurcoût lié au tabac
Aucune (non-fumeur)30,00 €7 200 €Référence
+ 25 %37,50 €9 000 €1 800 €
+ 50 %45,00 €10 800 €3 600 €
+ 100 %60,00 €14 400 €7 200 €

Illustration arithmétique sur une cotisation de départ hypothétique de 30 € par mois et un prêt de 20 ans : le point de départ est une hypothèse de calcul, pas un tarif. Votre cotisation réelle dépend de votre âge, du capital, de la durée et de la quotité. Voir nos pages prix de l'assurance emprunteur et taux annuel effectif de l'assurance (TAEA).

Vos garanties, elles, ne changent pas. Décès, perte totale et irréversible d'autonomie (PTIA), incapacité temporaire de travail (ITT), invalidité permanente totale (IPT) et invalidité permanente partielle (IPP) restent identiques à celles d'un non-fumeur. Seuls le tarif et, dans certains contrats, la durée de franchise diffèrent.

Ce que ce tableau ne dit pas, c'est quelle compagnie appliquera 25 % et laquelle 80 % à votre dossier. Cette information n'est publiée nulle part et ne s'obtient qu'en interrogeant plusieurs assureurs en parallèle.

Dois-je déclarer que je fume ?

Oui, dès lors que la question vous est posée. L'article L.113-2 du Code des assurances vous impose de répondre exactement aux questions de l'assureur, et celle du tabac en fait partie. Voir notre page questionnaire médical.

Le cas de la dispense loi Lemoine

Depuis le 1er juin 2022, la loi Lemoine interdit à l'assureur de solliciter toute information relative à l'état de santé et tout examen médical, à deux conditions cumulatives : la part assurée n'excède pas 200 000 € par assuré, et le remboursement s'achève avant le 60e anniversaire.

Conséquence certaine : aucun test biologique ne peut vous être demandé dans ce cadre, un dosage étant par nature un examen médical. Sur la simple question déclarative « fumez-vous ? », la loi ne se prononce pas explicitement et les pratiques varient. Une règle vous protège dans les deux cas : si un formulaire vous pose la question, répondez avec exactitude. La sanction de la fausse déclaration ne dépend pas de la légalité de la question posée. Voir notre page assurance sans questionnaire médical.

Ce que risque une fausse déclaration

Se déclarer non-fumeur en fumant expose à la du contrat. C'est la sanction la plus lourde du droit des assurances, et elle n'a pas de date de péremption pratique.

Fausse déclaration intentionnelle, article L.113-8 : le contrat est nul. L'assureur refuse toute indemnisation, conserve les cotisations versées, et le capital restant dû reste à la charge de l'assuré ou de ses héritiers.

Omission non intentionnelle, article L.113-9 : l'indemnité est réduite proportionnellement, selon le rapport entre la cotisation payée et celle qui aurait été due.

Le scénario est concret : un fumeur non déclaré développe une pathologie liée au tabac dix ans après la souscription. L'assureur découvre le tabagisme à l'instruction du sinistre et invoque la nullité. La famille se retrouve seule face au capital restant dû, sur un prêt qu'elle croyait couvert. Détail des sanctions sur notre page fausse déclaration.

Passer non-fumeur : la procédure

Après une période d'arrêt total, vous pouvez demander une et obtenir le tarif non-fumeur. C'est le levier le plus rentable de cette page, et beaucoup d'assurés ignorent qu'il existe.

Le délai est contractuel, pas légal. Les assureurs traditionnels exigent le plus souvent 24 mois d'abstinence totale, tandis que les acteurs spécialisés et les courtiers alternatifs acceptent plus fréquemment 12 mois. C'est un critère à vérifier avant de souscrire, et un motif valable de préférer un contrat à un autre.

Quatre temps. Respecter le délai exigé par votre contrat, sans aucune consommation de tabac ni de nicotine, substituts compris. Constituer le dossier : déclaration sur l'honneur, dosage de cotinine si l'assureur l'exige, éventuel certificat médical. Envoyer la demande en recommandé avec accusé de réception, pour la preuve de date. Attendre la réponse, généralement sous deux mois.

Le nouveau tarif s'applique aux échéances futures, sans rétroactivité. Chaque mois d'attente est donc perdu : la demande se fait dès le délai atteint.

Le réflexe qui rapporte le plus : ne vous contentez pas de faire mettre à jour votre contrat en cours. La loi Lemoine autorise un changement d'assureur à tout moment et sans frais, sous condition d'équivalence des garanties. Un contrat individuel négocié avec votre nouveau statut est souvent plus avantageux qu'un avenant. Voir notre page résiliation.

Le test de cotinine : ce qu'il mesure vraiment

La est le produit de dégradation de la nicotine. C'est elle, et non la nicotine, qui sert de marqueur : la nicotine a une demi-vie d'environ deux heures dans la circulation, alors que celle de la cotinine atteint 16 à 22 heures, ce qui rend sa concentration stable et mesurable.

L'assureur peut demander ce dosage lors d'une visite médicale, en cas de doute, ou pour valider une requalification. Voici comment se lisent les résultats.

SituationCotinine urinaire
Non-fumeur non exposé à la fuméeInférieure à 10 µg/l
Tabagisme passifInférieure à 100 µg/l
Tabagisme actif200 à 5 000 µg/l

Valeurs indicatives, référentiel de biologie médicale spécialisée Biomnis. L'écart entre fumeur actif et non-fumeur exposé va de 50 à 100 fois, ce qui rend la distinction très nette. Chez un non-fumeur, la présence de cotinine dans les urines correspond généralement à l'exposition d'un fumeur de 3 à 5 cigarettes par jour.

Reprise du tabac : que faire ?

Cela dépend entièrement de ce que vous avez déclaré au départ.

Si vous avez été assuré comme fumeur dès l'origine, vous n'avez rien à déclarer. L'article L.113-4 du Code des assurances, qui organise la faculté de l'assureur de résilier ou de majorer la prime en cas d'aggravation du risque, écarte ce mécanisme dans son dernier alinéa pour les assurances sur la vie, dont relève l'assurance emprunteur. Votre tarif et vos garanties sont acquis pour toute la durée du prêt.

Si vous avez obtenu une requalification non-fumeur, c'est différent. La remise tarifaire a été accordée sur la base d'une déclaration d'abstinence. Reprendre sans le signaler expose au reproche de fausse déclaration en cas de sinistre lié au tabac. Signalez-le, quitte à revenir au tarif fumeur : l'écart de cotisation est sans commune mesure avec le risque de nullité.

Comparer, déléguer, et le cas du refus

Le statut fumeur ne condamne pas à payer le prix fort, parce que la dispersion entre assureurs est plus forte sur ce critère que sur presque tous les autres.

Les quatre leviers

  • Comparer plusieurs assureurs, puisque les grilles tabagisme varient fortement et qu'aucune n'est publique.
  • Passer par la délégation d'assurance, ouverte par la loi Lagarde de 2010. Le contrat de la banque applique un tarif mutualisé peu sensible à votre profil réel, là où un contrat individuel se cale dessus. Voir contrat groupe vs délégation.
  • Changer en cours de prêt, à tout moment et sans frais grâce à la loi Lemoine.
  • Anticiper l'arrêt si votre projet n'est pas urgent : atteindre le délai contractuel avant de souscrire vous donne accès au tarif non-fumeur dès l'adhésion, sans passer par une requalification. Attention, cela n'a rien à voir avec le droit à l'oubli, qui ne concerne que les anciens cancers et l'hépatite virale C.

Si votre dossier cumule le tabac avec un métier à risque, une situation d'obésité ou une pathologie, les majorations se cumulent et l'écart entre compagnies se creuse. C'est le cas où passer par un courtier change le résultat.

Peut-on être refusé pour le tabac seul ?

C'est très rare. La surprime est la réponse quasi systématique des assureurs, et un refus fondé uniquement sur le statut fumeur reste exceptionnel. Le risque augmente en cas de pathologie associée, cancer, maladie cardiovasculaire ou bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO).

Précision souvent mal comprise : le tabagisme seul ne relève pas de la convention AERAS. Sa grille de référence liste des pathologies nommément désignées, et le tabagisme n'en est pas une. Elle s'active quand un état de santé empêche l'assurance aux conditions standard, ce qu'un tabagisme sans pathologie ne constitue pas, mais redevient mobilisable si une pathologie liée au tabac se déclare. Voir aussi maladie et assurance de prêt.

Comparer votre assurance emprunteur fumeur avec Qivio

Sur un même profil fumeur, l'écart de tarif entre deux assureurs dépasse souvent l'effet de la surprime elle-même. Qivio interroge plusieurs compagnies sur votre dossier, vérifie le délai de requalification prévu à chaque contrat et compare le coût total sur la durée du prêt, pas seulement la mensualité.

FAQ sur l'assurance emprunteur et le tabac

Suis-je considéré comme fumeur si je vapote ?

Oui si votre e-liquide contient de la nicotine. Sans nicotine, le classement varie selon les assureurs, faute de recul sur les effets à long terme. À faire confirmer par écrit avant de signer.

Suis-je fumeur si je fume seulement en soirée ?

Oui. La fréquence n'entre pas dans la définition retenue par les assureurs : une consommation occasionnelle suffit. Un cigare par mois ou une chicha en vacances comptent.

À combien s'élève la surprime fumeur ?

Aucune grille commune n'existe. Sur les dossiers que nous instruisons, la majoration se situe le plus souvent entre 25 % et 50 %, et peut dépasser 100 % en cas de cumul avec un autre facteur. Elle porte sur la cotisation d'assurance, jamais sur le montant du prêt.

Chicha, tabac chauffé, patchs : sont-ils assimilés au tabac ?

Oui pour les trois. La quasi-totalité des assureurs classent chicha, narguilé et tabac chauffé comme produits tabagiques. Les patchs et gommes aussi, y compris pendant un sevrage, puisqu'ils délivrent de la nicotine et sont détectables par dosage.

Combien de temps sans fumer pour repasser non-fumeur ?

Cela dépend de votre contrat, aucune règle légale n'existe. Les assureurs traditionnels exigent le plus souvent 24 mois d'abstinence totale, les acteurs spécialisés acceptent plus fréquemment 12 mois. Vérifiez ce délai avant de souscrire.

Puis-je arrêter juste avant de signer mon prêt ?

Le dosage de cotinine ne verrait rien, sa mémoire étant d'environ une semaine. Mais le critère du contrat n'est pas le test, c'est la durée d'abstinence de 12 ou 24 mois. Vous déclareriez donc faux, et l'assureur pourra invoquer la nullité des années plus tard, au moment du sinistre.

Le statut fumeur relève-t-il de la convention AERAS ?

Non. Sa grille de référence liste des pathologies nommément désignées et le tabagisme n'en fait pas partie. Elle s'active quand un état de santé empêche l'assurance aux conditions standard, et redevient mobilisable si une pathologie liée au tabac se déclare.

Puis-je changer d'assurance après avoir arrêté de fumer ?

Oui, et c'est souvent plus avantageux qu'un simple avenant. La loi Lemoine autorise le changement à tout moment, sans frais, sous condition d'équivalence des garanties. Une fois le délai atteint, mettez plusieurs assureurs en concurrence avec votre nouveau statut.

Cet article est fourni à titre informatif. Il ne constitue pas un conseil juridique, financier, médical ou fiscal personnalisé. Les seuils, délais et conditions applicables peuvent évoluer : vérifiez les dispositions en vigueur avant toute décision. Pour une étude personnalisée, consultez un professionnel adapté à votre situation. Qivio est un courtier en assurances immatriculé à l'ORIAS sous le numéro 23000353 (vérifiable sur orias.fr).

Océane Ubaghs
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