Assurance emprunteur et cancer : vos droits selon votre situation

Océane Ubaghs
Rédactrice spécialisée en assurances
Mis à jour le
27.08.2026
10 minutes

Un antécédent de cancer n'empêche pas d'emprunter, et plusieurs règles peuvent s'appliquer selon votre situation. Découvrez les délais exacts de la grille de référence, les trois assureurs qui ont annoncé des conditions plus favorables que le droit à l'oubli, et ce qui reste couvert si un diagnostic intervient pendant votre prêt.

Identifier votre situation

Le cancer est la première cause de mortalité en France, avec environ 433 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année selon l'Institut national du cancer. Les progrès thérapeutiques ont sensiblement amélioré les taux de survie, et le nombre de personnes ayant un antécédent de cancer se compte en millions.

Pour un assureur, cet antécédent constitue un risque aggravé, susceptible d'entraîner une surprime, une exclusion de garantie ou un refus. Plusieurs règles viennent encadrer cette évaluation, et le premier réflexe consiste à savoir laquelle s'applique à votre situation.

Votre situationDispositif applicableCe que cela change
Part assurée jusqu'à 200 000 € et remboursement avant 60 ansDispense de questionnaire, loi LemoineAucune information de santé demandée, quelle que soit votre situation médicale
Protocole thérapeutique terminé depuis au moins 5 ans, sans rechuteDroit à l'oubliLe cancer n'a pas à être déclaré, et les conditions sont celles d'un dossier standard
Rémission plus récente, ou traitement en coursConvention AERAS et sa grille de référenceExamen approfondi du dossier, avec des délais souvent inférieurs à cinq ans selon la pathologie

La dispense de questionnaire ne dépend pas de votre état de santé : vérifiez-la en premier. Si un questionnaire vous est demandé, le droit à l'oubli s'examine ensuite, puis la grille de référence si ses critères correspondent à votre pathologie. À défaut, votre dossier relève d'une analyse médicale au titre du risque aggravé. Voir aussi notre page maladie et assurance de prêt.

La dispense de questionnaire de santé

La loi Lemoine du 28 février 2022 interdit à l'assureur de demander la moindre information de santé lorsque deux conditions sont réunies. La part assurée sur l'encours cumulé de vos crédits immobiliers ne doit pas excéder 200 000 € par assuré, soit 400 000 € pour un couple empruntant à parts égales, et le remboursement doit s'achever avant votre 60e anniversaire. Les deux conditions sont cumulatives.

Dans ce cadre, aucun antécédent n'a à être mentionné, ni cancer passé, ni pathologie en cours, et aucune surprime ne peut être appliquée à ce titre. Voir notre page assurance sans questionnaire médical.

Le droit à l'oubli

Le droit à l'oubli vous dispense de déclarer un ancien cancer. Trois conditions doivent être réunies simultanément.

  1. Votre protocole thérapeutique est terminé depuis au moins cinq ans, contre dix ans avant la loi Lemoine.
  2. Vous n'avez connu aucune rechute depuis la fin de ce protocole.
  3. Le contrat d'assurance s'achève avant votre 71e anniversaire.

Deux notions méritent leur définition officielle, telle que la convention AERAS la retient.

La fin du protocole thérapeutique désigne la date de fin du traitement actif, par chirurgie, radiothérapie ou chimiothérapie effectuées en structure autorisée, à laquelle plus aucun traitement n'est nécessaire, hormis la possibilité d'une thérapeutique persistante de type hormonothérapie ou immunothérapie. Une hormonothérapie ou une immunothérapie persistante n'empêche donc pas, à elle seule, de retenir cette date comme fin du protocole, même si le traitement se poursuit au-delà.

La rechute s'entend de toute nouvelle manifestation médicalement constatée de la maladie, qu'elle le soit par un examen clinique, biologique ou d'imagerie.

Le dispositif couvre les prêts immobiliers, les prêts professionnels finançant des locaux ou du matériel, et les crédits à la consommation affectés. Il vise l'ensemble des cancers, ainsi que l'hépatite virale C.

La grille de référence AERAS

Lorsque le droit à l'oubli ne s'applique pas encore, la convention AERAS peut permettre une assurance à des conditions standard ou proches du standard pour certaines pathologies. Elle s'appuie pour cela sur une grille de référence proposée par un groupe de travail paritaire réunissant médecins d'assurance, représentants d'associations de patients et agences de l'État, à partir des données scientifiques présentant le meilleur niveau de preuve disponible.

Trois conditions d'accès encadrent le dispositif. Votre demande doit porter sur un prêt immobilier ou un prêt professionnel destiné à l'acquisition de locaux ou de matériel. La part assurée ne doit pas excéder 420 000 €, hors prêt relais pour un financement lié à votre résidence principale. Et le contrat doit arriver à échéance avant votre 71e anniversaire.

La grille se divise en deux parties, et la distinction est déterminante.

Partie de la grilleCe qu'elle prévoit
Partie IAccès à l'assurance sans surprime ni exclusion de garanties, si votre situation satisfait aux conditions cumulatives de stade, de traitement et de durée sans rechute
Partie IIAccès à des conditions proches du standard, avec une surprime plafonnée que l'assureur ne peut dépasser. Des limitations de garantie peuvent s'y ajouter

Dans les deux cas, la pathologie doit être déclarée au questionnaire de santé, contrairement au droit à l'oubli. C'est ensuite l'assureur qui applique les conditions prévues.

Voici les délais retenus par l'édition de septembre 2023 pour les cancers relevant de la partie I, décomptés à compter de la fin du protocole thérapeutique et en l'absence de rechute.

PathologieSituation viséeDélai d'accès
Cancer du sein in situCarcinome lobulaire ou canalaire in situ strict sans caractère micro-infiltrant, traitement réalisé selon le consensus HAS et INCa1 an
Cancer du col de l'utérusClasse CIN III ou in situ pur sans caractère micro-infiltrant, avec surveillance selon les recommandations1 an
Mélanome de la peauMélanome in situ pur ou de niveau I de Clark, exérèse complète, absence de syndrome des nævi dysplasiques1 an
Cancer du côlon et du rectumStade Tis, plus de 50 ans au diagnostic1 an
Cancer du côlon et du rectumStade I T1N0M0, adénocarcinome, plus de 50 ans au diagnostic4 ans
Cancer du testiculeSéminomes purs, stade I3 ans
Cancer de la thyroïdePapillaire ou vésiculaire, stade I avant 45 ans, stade I ou II à partir de 45 ans3 ans
Leucémie aiguë promyélocytaireQuel que soit le nombre de leucocytes au diagnostic, traitement réalisé3 ans
Hépatite virale CScore de fibrose inférieur ou égal à F2, réponse virale soutenue, sans co-infection24 semaines

Délais de l'édition de septembre 2023, dont les critères médicaux sont ici résumés. La grille évolue au fil des travaux du groupe et des données scientifiques nouvelles : vérifiez la version en vigueur sur aeras-infos.fr, et faites confirmer par votre médecin que votre situation répond aux critères énoncés.

D'autres situations relèvent de la partie II : une assurance est alors proposée avec une surprime maximale définie par la grille, et des limitations de garantie peuvent s'appliquer selon la pathologie et les garanties concernées. Le niveau de plafonnement varie fortement d'une pathologie à l'autre.

Lorsque l'assurance ne peut pas être accordée aux conditions habituelles, la convention prévoit par ailleurs un examen du dossier à plusieurs niveaux, indépendant de la grille.

Ce que certains assureurs proposent depuis 2024

Plusieurs compagnies sont allées au-delà du cadre conventionnel pour trois cancers, sans attendre les cinq ans du droit à l'oubli. Les conditions diffèrent, et le point de déclenchement n'est pas le même partout.

AssureurAnnonceCe qui est prévu
CNP AssurancesMars 2024 pour le sein, mars 2025 pour la prostate et le testiculeSuppression de la surprime et des exclusions dès la fin du protocole thérapeutique. Le cas d'un cancer de la prostate placé en surveillance active, donc sans traitement, est également couvert. Jusqu'à 3 millions d'euros selon les réseaux, adhésion jusqu'à 80 ans et couverture jusqu'à 85 ans
Crédit Agricole Assurances7 octobre 2025Accès sans surprime ni exclusion dès le diagnostic, tant que le pronostic vital n'est pas engagé, une fois le stade et la localisation établis. La couverture inclut l'arrêt de travail et le décès, pour un crédit immobilier, professionnel ou à la consommation, dans l'ensemble des banques du groupe, LCL compris
CardifFévrier 2026Suppression de la surprime et des exclusions dès la fin du protocole thérapeutique actif, en l'absence d'autre pathologie, jusqu'à 1 million d'euros, sur l'ensemble de ses contrats en France

Ces dispositifs visent les cancers du sein, de la prostate et du testicule. Le point de déclenchement, le plafond de capital et les réseaux concernés diffèrent d'une compagnie à l'autre, ce qui rend la comparaison indispensable.

Ces annonces illustrent une réalité utile à connaître : les grilles médicales diffèrent sensiblement d'un assureur à l'autre, et un dossier écarté par une compagnie peut être accepté ailleurs à des conditions standard. Voir nos pages comparatif Cardif et comparatif Crédit Agricole.

Ce que l'assureur examine

L'évaluation porte sur plusieurs éléments, appréciés ensemble : le type de cancer, le stade au moment du diagnostic, la date de fin du protocole, les traitements de suivi éventuels, les séquelles constatées et le risque de rechute identifié médicalement.

Stade au diagnosticCe que cela implique généralement
Stade 0, carcinome in situCellules localisées, pronostic favorable. Accès généralement possible, avec une surprime limitée voire nulle après quelques années
Stade 1Tumeur localisée à l'organe d'origine. Conditions standard fréquentes au-delà de cinq ans de rémission, surprime modérée sur une rémission plus récente
Stades 2 et 3Extension aux tissus voisins ou aux ganglions. Surprimes plus importantes possibles, parfois assorties d'exclusions sur l'incapacité ou l'invalidité
Stade 4, métastatiqueRefus fréquents sur les garanties concernées, ce qui oriente vers des garanties alternatives comme le nantissement, l'hypothèque ou la caution

Ces tendances sont indicatives. Chaque dossier fait l'objet d'une analyse individuelle, et deux personnes au même stade peuvent obtenir des réponses différentes selon leur suivi, leurs séquelles et l'assureur sollicité.

Trois cancers concentrent l'essentiel des recherches. Le cancer du sein est le premier cancer chez la femme, et son stade in situ figure parmi les situations ouvrant l'accès le plus rapide à des conditions standard. Le cancer de la prostate, premier cancer chez l'homme, concerne une population plus âgée, ce qui déplace la question vers les limites d'âge des garanties : voir notre page assurance emprunteur senior. Le cancer du testicule, avec environ 2 000 nouveaux cas par an selon l'Institut national du cancer, touche principalement des hommes de 15 à 35 ans et présente un taux de guérison élevé.

Un cancer diagnostiqué pendant le prêt

Un diagnostic posé après la signature du contrat ne remet pas en cause vos garanties. L'article L.113-12-2 du Code des assurances écarte, pour l'assurance emprunteur, la faculté de résilier pour aggravation du risque, sauf dans des conditions définies par décret et résultant d'un changement de comportement volontaire de l'assuré. Une maladie n'entre évidemment pas dans ce cas.

Votre assureur ne peut donc pas résilier le contrat pour aggravation du risque, ni modifier les conditions tarifaires en raison de ce diagnostic. Les garanties souscrites jouent ensuite, si les conditions prévues au contrat sont remplies.

  • Un arrêt de travail peut déclencher la garantie incapacité temporaire totale, après le délai de franchise et selon la définition retenue au contrat.
  • Une invalidité reconnue peut relever des garanties d'invalidité, selon le taux retenu par le médecin-conseil au regard du barème contractuel.
  • En cas de décès, la garantie décès permet le remboursement du capital restant dû au prêteur, dans la limite de la quotité assurée.

Pour déclarer, réunissez un certificat médical, les comptes rendus de votre oncologue, le protocole thérapeutique suivi, vos arrêts de travail, le tableau d'amortissement du prêt et l'attestation de vos indemnités journalières.

Refus, surprime ou exclusion : vos recours

Une première réponse défavorable ne clôt pas le sujet. Plusieurs leviers restent disponibles.

  1. Solliciter d'autres assureurs. Les grilles médicales diffèrent, et c'est le levier le plus efficace. Voir notre page délégation d'assurance.
  2. Faire jouer la convention AERAS. Un dossier refusé au premier niveau est réexaminé au deuxième, puis au troisième par un pool d'assureurs et de réassureurs. L'issue peut être une surprime plafonnée ou une garantie invalidité spécifique.
  3. Vérifier l'écrêtement des surprimes. Sous conditions de revenus, la convention prévoit que la prime d'assurance ne peut représenter plus de 1,4 point dans le taux effectif global. Voir notre page taux de l'assurance emprunteur.
  4. Demander une contre-expertise médicale si l'évaluation vous paraît sévère, les honoraires restant généralement à votre charge.
  5. Envisager une garantie alternative, nantissement, hypothèque ou caution, que certaines banques acceptent en substitution.

Changer d'assurance après un cancer

La loi Lemoine autorise la substitution à tout moment, sans frais, sous réserve que le nouveau contrat présente des garanties équivalentes à celles exigées par votre banque.

Deux moments justifient particulièrement de reprendre son contrat. Le cinquième anniversaire de la fin du protocole thérapeutique, qui ouvre le droit à l'oubli et permet de ne plus déclarer cet antécédent, donc d'être assuré sans surprime ni exclusion liée à ce cancer. Et l'annonce d'une mesure favorable par un assureur, comme celles décrites plus haut, qui peut rendre accessible une couverture jusque-là surprimée. Voir nos pages changer d'assurance emprunteur et équivalence des garanties.

Avant toute démarche, réunissez les comptes rendus de votre oncologue, vos bilans récents, la date précise de fin de protocole et une attestation d'absence de rechute. Et anticipez votre demande : l'instruction d'un dossier médical prend plus de temps qu'un dossier standard.

Comparer les grilles médicales des assureurs

Un même dossier peut être surprimé chez une compagnie et accepté aux conditions standard chez une autre. Qivio interroge plusieurs assureurs sur votre situation, vérifie votre éligibilité au droit à l'oubli et à la grille de référence, et compare les réponses obtenues.

FAQ sur l'assurance emprunteur et le cancer

Peut-on obtenir une assurance emprunteur avec un cancer en cours de traitement ?

C'est possible. Lorsque l'assurance ne peut pas être accordée aux conditions habituelles, la convention AERAS prévoit un examen du dossier à plusieurs niveaux. Si votre part assurée n'excède pas 200 000 € et que le prêt s'achève avant vos 60 ans, la dispense de questionnaire de la loi Lemoine s'applique par ailleurs sans considération de votre état de santé.

Après combien de temps de rémission le droit à l'oubli s'applique-t-il ?

Cinq ans après la fin du protocole thérapeutique, en l'absence de rechute, et à condition que le contrat s'achève avant votre 71e anniversaire. Le décompte part de la fin des traitements actifs, un traitement de suivi comme une hormonothérapie ne décalant pas ce point de départ.

Le droit à l'oubli couvre-t-il aussi les séquelles ?

Non. Il porte sur la maladie elle-même. Les séquelles durables, comme une neuropathie, une fatigue chronique ou des complications cardiaques liées aux traitements, ainsi que toute invalidité reconnue, restent à déclarer dans le questionnaire de santé, même lorsque le droit à l'oubli s'applique au cancer.

Quelle différence entre le droit à l'oubli et la grille de référence AERAS ?

Le droit à l'oubli vous dispense de déclarer le cancer après cinq ans sans rechute. La grille de référence suppose au contraire de le déclarer, mais ouvre l'accès à des conditions standard ou proches du standard avant ce délai, avec des durées propres à chaque pathologie, parfois d'un an seulement.

Que se passe-t-il si un cancer est diagnostiqué pendant mon prêt ?

Vos garanties jouent si les conditions prévues au contrat sont remplies, et votre assureur ne peut pas résilier pour aggravation du risque ni modifier les conditions tarifaires à ce motif. Selon votre situation, la garantie incapacité, les garanties d'invalidité ou la garantie décès sont mobilisées. Cette protection suppose que votre déclaration initiale ait été sincère.

Le stade du cancer influence-t-il l'accès à l'assurance ?

Oui, parmi d'autres critères. Un stade précoce et une rémission ancienne facilitent l'accès à des conditions standard. Un stade avancé peut donner lieu à une surprime plus importante ou à des exclusions sur l'incapacité et l'invalidité. L'assureur examine aussi le type de cancer, les traitements suivis et les séquelles.

Quelles alternatives si l'assurance m'est refusée ?

Solliciter d'autres assureurs reste le levier le plus efficace, les grilles médicales différant sensiblement. Le réexamen prévu par la convention AERAS, une contre-expertise médicale, ou une garantie alternative comme le nantissement ou la caution constituent les autres voies. Le service AIDEA de la Ligue contre le cancer accompagne gratuitement ces démarches au 0 800 940 939.

Puis-je changer d'assurance emprunteur après un cancer ?

Oui, à tout moment et sans frais, sous réserve de garanties équivalentes à celles exigées par votre banque. Le moment le plus pertinent est le cinquième anniversaire de la fin de votre protocole thérapeutique, qui ouvre le droit à l'oubli et permet de ne plus déclarer cet antécédent.

Cet article est fourni à titre informatif. Il ne constitue pas un conseil juridique, financier, médical ou fiscal personnalisé. Les seuils, délais et conditions applicables peuvent évoluer : vérifiez les dispositions en vigueur avant toute décision. Pour une étude personnalisée, consultez un professionnel adapté à votre situation. Qivio est un courtier en assurances immatriculé à l'ORIAS sous le numéro 23000353 (vérifiable sur orias.fr).

Océane Ubaghs
Forte de 7 ans d'expérience dans le secteur de l'assurance, Océane décrypte les contrats pour vous aider à choisir une couverture adaptée à vos besoins, sans jargon ni mauvaises surprises. En savoir plus